Description
Kafka, Jarry, Jaddo
On entend souvent dire : «Pour être médecin, faut avoir la vocation.» La vocation ? Connais pas. Jamais vu. Personne ne me l'a jamais présentée. Et jamais je n'ai entendu aucun médecin et aucun(e) étudiant(e) me dire qu'il ou elle «l'avait». J'en ai entendu beaucoup, en revanche, me dire qu'ils avaient autre chose. Sur le coeur. Et qu'ils auraient bien voulu avoir un lieu, un moment, pour vider leur sac.
En général, quand on devient médecin, on porte en soi tout un tas de sentiments mêlés. De la peur, de la stupeur, du dégoût, de la colère. Contre soi-même, souvent. Et, aussi souvent, parce qu'on n'arrive pas à mettre le doigt sur ce qui nous travaille, parce qu'on n'arrive pas à dire les bons mots, souvent on éprouve une brusque et terrible envie de taper sur quelqu'un. Quelqu'un de très con. Un prof ou un chef de service ou simplement un autre étudiant d'un ou l'autre sexe, un peu plus âgé(e) que soi. Mais qui nous a fait faire quelque chose, dire quelque chose, assister à quelque chose dont on aurait pu se passer.
Parce que voyez-vous, pour devenir médecin (je veux dire : pour avoir le titre, la position, le diplôme et la liberté-de-prescrire-de-manière-indépendante), d'abord, il faut apprendre. Et pour apprendre, on passe par l'hôpital et on se mêle à des gens formidables (des infirmiers/ères, des médecins) qui aimeraient bien soigner, et qui voudraient soigner bien, mais qui en sont empêchés par une toute petite clique d'empêcheurs de soigner en coeur, des malfaisants - parfois seulement plus bêtes que méchants, mais malheureusement si bien placés qu'ils transforment l'hôpital, ce lieu de soins, en un lieu de torture - pour les patients, mais aussi pour les soignants de bonne volonté.
L'hôpital c'est... comment dire ? C'est Le Château, de Franz Kafka. Le pauvre Joseph K. n'y est pas entré, mais les étudiants en médecine, externes, internes, y passent un tiers de leur jeune vie avant de décrocher leur diplôme. Et à l'intérieur du Château... eh bien, c'est comme dans du Kafka. L'absurdité des situations, la méchanceté inique et gratuite de certains mandarins en place ou en puissance, les certificats qui ne veulent rien dire, les dossiers qu'on ne trouve pas (ou dont on trouve deux exemplaires qui ne peuvent pas appartenir à la même personne, alors lequel est le bon ?), les «Viens que je te montre une belle tumeur», les «Faut que je te parle» menaçants qui font frémir («Est-ce que j'ai tué quelqu'un hier ?») et qui se révèlent être une mesquinerie à la mesure de la hiérarchie ubuesque des imbus en blouse blanche - oui, c'est Kafka et Jarry, tout à la fois. Aujourd'hui. En pas moins grinçant.
Quand on lit l'hôpital et l'apprentissage de la médecine dans le blog de Jaddo, on se dit qu'apprendre à devenir médecin, c'est pas seulement ardu, intellectuellement parlant, c'est aussi périlleux, émotionnellement. On court, chaque jour, le risque de péter un câble, de saisir le bassin (ce truc sur lequel on imposait autrefois aux patients alités d'uriner comme si c'était possible... Quoi ? Pas seulement autrefois ? Il y en a encore ?) et de le balancer à la gueule de celui ou de celle qui vient de dire une connerie, de lancer une ignominie, d'infliger sa maltraitance quotidienne.
En la lisant, on se dit que pour faire médecine, il faut avoir le coeur bien accroché. Il faut savoir se retenir de taper. Transformer les cris refoulés en paroles et en gestes de soin, vers celles et ceux qui en ont besoin. Et c'est dur. Comme d'essayer d'avoir l'âme en paix dans un pays en guerre.
Avis des clients
B. Julie
c'est drôle et on passe un très bon moment à lire ce petit bijou !on ne voit plus son médecin généraliste de la même façon ...Je recommande chaudement !
S. Fraize
Je connaissais le blog de Jaddo et je suis très heureux qu'elle ait sorti ce livre que j'ai dévoré.Elle nous livre par petites touches des moments de vérité, de grandeur, de tristesse ou de drôlerie, offrant ainsi un visage très humain à la médecine d'aujourd'hui.L'écriture est vraiment savoureuse, souvent désopilante, parfaitement accessible aux non médecins. Elle lève ainsi le voile sur un monde méconnu des patients que nous sommes : les réalités de celui qui est à l'autre bout du stéthoscope.Jaddo est le médecin que nous aimerions tous avoir.
Laure
Jaddo, c'est d'abord l'auteur d'un blog, qui chronique son quotidien de jeune médecin généraliste remplaçante, mais qui revient aussi sur ses études, son externat, son internat, les grands chefs, et les malades, tout le monde en prend pour son grade, et c'est justifié. De ce blog un éditeur a fait un livre, préfacé par Martin Winckler, car bien sûr on ne peut s'empêcher de penser à La maladie de Sachs, aux Trois Médecins, etc. Ce qui ressort de ce livre, outre l'humour et la sensibilité de la perception des situations, c'est l'absurdité, l'agacement, la colère, la bêtise. On pense médecine humaniste et égale pour tous, on gère des trucs invraisemblables. Le livre de Jaddo remet un peu d'humanité et de bon sens là où il n'y en a plus guère, et c'est salutaire. On devrait offrir ce livre à tous les patients (pardon, clients consommateurs qui y ont droit parce qu'ils cotisent) et à tous les décideurs.Un bon moment « tranches de vie », agréable à lire et qui vous ouvre les yeux.
MFAF
Super livre, se lit très facilement, on est ému, on sourit, on réfléchit... très bien écrit et surtout, tellement vrai! Je recommande. En plus on peut facilement lire juste un chapitre, le reprendre plus tard...
Brice
On me demande souvent mon avis sur les blogs médicaux, ou les bouquins écrits par des médecins, remplis d'anecdotes, les mêmes qu'on nous demande toujours de raconter à table pour pimenter les discussions d'un repas un peu morne, comme pour se rassurer, comme si un malheur arrivé à d'autres allait du coup nous éviter.Jaddo, je n'avais lu d'elle que quelques articles dont les liens étaient massivement retweetés ou cités par des gens que je suis sur Twitter, et qui appelaient donc, parmi la masse, à un effort de lecture qui toujours en a valu la peine.J'ai dévoré ce recueil de petites histoires, tantôt fraiches, tantôt poilantes, de cette jeune étudiante en médecine devenue interne, aujourd'hui médecin généraliste. Avec une humilité rare chez un médecin, elle raconte les erreurs comme les petites victoires, ayant toujours à coeur que le personnage principal de son recueil, ce soit le patient, et non pas elle.Rarement je suis touché par les lectures qui me confortent dans la vision de mon métier, ou qui ne font que reprendre des points de vue assez universels chez ceux qui travaillent dans le même service (je pense notamment à toutes les chroniques sur les urgences), mais j'ai trouvé chez Jaddo cet amour du métier et cette humanité sans fard qui m'ont ému et sont tombés à point nommé en pleine période de ras-le-bol professionnel.Un livre pour les soignants, surtout, mais pour les patients, aussi, qui se laisse dévorer sans regrets.
mam
"de mon côté le loupiotte", brute et pas toujours douce pour les soignants.Je me suis beaucoup reconnue dans les grands moments de désillusion de Jaddo, et aussi dans ces moments de partage d'émotions uniques qui font la beauté du métier.Je trouve ce livre très proche de la réalité, il montre aussi que les docteurs sont faillibles, parfois parce que pas logiques mais aussi pas forcément parce qu'inhumains mais bien parce qu'humains justement. Etudiants, notre regard peut être dur par rapport à nos maîtres , une fois sur le terrain depuis quelques années, on comprend mieux certaines choses et pas certaines autres.Lire ce livre est, en dehors et c'est déjà énorme d'être source d'un très agréable moment, un raccourci de cette vision étalée sur plusieurs années.A compléter par la lecture du blog.A offrir et s'offrir, lire et relire.Attention, hautement addictif, une fois dedans , on n'a plus envie de le lâcher!